Les limites des compléments alimentaires

Adjuvants pour nous aider à perdre du poids, améliorer notre concentration, diminuer les effets de la ménopause, le stress, la fatigue, mieux digérer ou combattre les rigueurs de l’hiver, les compléments alimentaires prennent chaque année davantage de place dans les rayons des pharmacies et parapharmacies mais également ceux de nos supermarchés et autres magasins d’alimentation.  

Ces concentrés de nutriments, de plantes ou d’autres substances sont-ils pour autant sans risque pour la santé et, s’ils le sont, vraiment nécessaires ?

Devant la progression continue de leur consommation, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anse), fait le point sur la situation dans un article publié sur son site internet. Nous avons résumé ici ses principales constatations et recommandations.

Une consommation en progression constante

Les compléments alimentaires sont de plus en plus consommés par les Français. Les résultats de la dernière étude Inca 3 menée en 2014-2015 montraient déjà que leur consommation et celle de médicaments sources de nutriments avait doublé depuis la précédente étude réalisée en 2006 et 2007.

Plus de 22 % des adultes et 14 % des enfants en consommaient régulièrement. Sur la base d’une définition plus large incluant les médicaments sources de nutriments, ces taux montaient respectivement à 29 % et 19 %.

La durée annuelle de la prise d’un complément était en moyenne de 4,5 mois chez les adultes et de 2,5 mois chez les enfants. Les plus grands consommateurs sont les femmes, les individus âgés de 18 à 44 ans et ceux ayant un niveau d’étude élevé. Une consommation plus élevée est observée en hiver.

La croissance de cette consommation s’est encore renforcée depuis le début de la crise sanitaire déclare l’IFOP. « Près de la moitié des Français ont consommé des compléments alimentaires au cours des 12 derniers mois » et parmi eux, « une immense majorité est convaincue de leurs bienfaits » ajoute l’institut de sondages et d’études de marché.

Pas d’autorisation requise pour leur mise sur le marché

A la différence des médicaments, les compléments alimentaires ne nécessitent pas d’autorisation de mise sur le marché mais ils sont bien sûr contrôlés à l’instar des autres catégories de denrées alimentaires. Plusieurs règlements nationaux et européens établissent la liste des ingrédients autorisés ainsi que, pour les vitamines et minéraux, les doses journalières maximales à ne pas dépasser. Ces listes d’ingrédient sont consultables sur le site de la DGCCRF.

Un complément alimentaire ne peut pas revendiquer un effet thérapeutique

Comme il n’est pas un médicament, le complément alimentaire ne peut revendiquer aucun effet thérapeutique. Toutes les promesses et allégations indiquées sur les produits sont d’ailleurs strictement encadrées par la réglementation européenne. La liste de ces allégations peut être consultée sur le site de la Commission européenne.

Nécessaires, les compléments alimentaires ?

L’Anse souligne sur ce point que les déficits d’apport et a fortiori les carences en nutriments sont très rares dans la population générale et qu’ils ne concernent que la vitamine D. Elle ajoute :

« De manière générale, en l’absence de pathologie, la couverture des besoins nutritionnels est possible par une alimentation variée et équilibrée dans le cadre d’une vie quotidienne physiquement active. La consommation de compléments alimentaires n’est alors pas nécessaire.»

Par contre, au sein de groupes particuliers de la population tels que ceux des femmes enceintes, des enfants ou des séniors, des carences en nutriments ou des besoins accrus peuvent être détectés et comblés par leur apport.

En outre, certains comportements alimentaires peuvent conduire à diminuer, voire supprimer, la consommation de nutriments indispensables. Le régime végétalien en est un exemple, étant totalement dépourvu de vitamine B12 puisque celle-ci est uniquement présente dans les denrées d’origine animale. Autre exemple : écarter la consommation de poissons et de fruits de mer ne permettra pas de couvrir les besoins de notre organisme en acides gras polyinsaturés à longue chaîne.

De façon générale, tout régime alimentaire insuffisamment varié peut générer une carence. Dans ces cas particuliers, le recours aux compléments alimentaires pourra présenter un intérêt. Mais il est dans ce cas fortement recommandé de demander l’avis d’un professionnel de santé conclut l’Anse.

Au-delà de son utilité, un complément alimentaire peut-il comporter un risque pour notre santé ?

Oui répond l’Anse. Dans le cas de compléments alimentaires contenant des vitamines et minéraux, il peut exister un risque de dépassement des limites de sécurité, plus encore lorsque des aliments enrichis entrent dans le régime alimentaire quotidien.

Conclusion

Pour limiter les risques induits par la consommation de compléments alimentaires, l’ANSE invite tous les consommateurs à suivre les 5 conseils suivants :

1. Demandez conseil à un professionnel de santé
2. Évitez des prises prolongées, répétées ou multiples
3. Respectez les conditions d’emploi
4. Soyez vigilants vis-à-vis des produits présentés comme miraculeux
5. Privilégiez les produits vendus dans les circuits les mieux contrôlés

Enfin bien sûr, signalez tout effet indésirable à un professionnel de santé.